ARTICLE

ACCUEILLIR LA PAROLE : CONSEILS ET BONNES PRATIQUES DE LÉA.

Juillet 2020

1/3

Léa est assistante de Service Social en Centre Médico Psychologique Adulte en milieu semi rural. Elle nous donne les conseils et bonnes pratiques pour être le plus aidant possible avec les victimes de violences sexuelles.

 

À la suite d’une agression ou d’un viol, la personne l’ayant subi peut avoir des réactions caractéristiques d’une victime de violences. Ces impacts peuvent survenir sur le court ou le long terme. Ils sont évidemment légitimes.
Ressentis tous ou en partie par la majorité des victimes, leur présence n’est pas automatique.
En voici quelques exemples : 

 

  • Le sentiment de honte qui conduit souvent au silence 
     

 « Or, dans le cadre des agressions sexuelles les victimes doivent réagir très rapidement et déposer plainte dans les jours qui suivent pour que les analyses médicales puissent être faites et reconnaître le viol par exemple. »
 

  • Le repli sur soi, la perte de l’estime de soi. 
     

  • Le rapport au corps change et se dégrade. 
     

« Il est souvent difficile pour ces personnes de prendre soin d’elles et de leur corps (un corps qu’elles rejettent, ne reconnaissent pas, garde les traces de leur agression...). Nous accompagnons sur le CMP une personne ayant subi un viol collectif. Depuis des années elle se lave de manière excessive, 5 fois par jour, car elle se « sent sale » 
 

  • Les troubles du sommeil
     

  • Les comportements à risques (addictions, troubles alimentaires, automutilation, mise en danger...), 
     

  • Un rapport à la vie de couple et à la sexualité impacté.

 

Une agression impacte la victime, mais également son entourage (familial, amical ou professionnel par exemple). 

Les membres de cet entourage doivent par conséquent adopter des postures pour se protéger.  Ils est cependant important de faire en sorte que la personne victime ne ressente ni rejet, ni culpabilité, ni postures susceptibles de déclencher des traumatismes supplémentaires par des propos ou gestes déplacés. Pour cela, iels peuvent faire appel aux services de professionnels de la santé mentale, ou également aux numéros d’écoute gratuits. 

Léa nous donne quelques conseils à suivre pour faciliter les échanges :

“Il y a une forte importance dans le premier contact (contact physique ou téléphonique) et l’accueil de la personne.

Il faut réussir à se positionner dans une écoute active et dans le non-jugeant.

Il faut respecter la temporalité de la personne qui peut-être se livrera en plusieurs étapes, qui demanderont beaucoup de temps. 

Attention à ne pas aller « trop vite » et « brusquer » la personne, qui, pour se protéger, pourrait être dans la « fuite ». Ou qui ne se souvient pas de tout.

Rassurer autant que possible la personne par notre présence « le fait que la victime ne soit plus seule », mais attention à ne pas être trop présent non plus.

Tendre à un accompagnement où la personne bien qu’elle soit victime (importance de poser les mots de « victime », « agression sexuelle », « viol », ...) reste actrice de ses démarches et choix pour sa vie future (autant que possible ne pas faire à sa place).
 

Les professionnel·le·s sont souvent les premières personnes à qui une victime se confie. Iels sont aussi dans une nécessité d’accueillir cette parole de manière pertinente, afin de pouvoir proposer un accompagnement adapté.
 

  • Autant que possible lorsque nous sommes professionnels confrontés à ce type de situation, je pense qu’il est primordial de ne pas rester seul dans l’accompagnement de ces personnes (binôme de travailleur social, binôme soignant et travailleur social), et ce, afin d’avoir un double regard (pluridisciplinaire) et pouvoir échanger avec notre collègue afin d’essayer de prendre le recul nécessaire à la bonne prise en charge de la personne.

  • L’accompagnement se fera sur le très long terme : après « l’urgence » (mise en sécurité, dépôt plainte si possible...) il faudra accompagner la personne autour des problématiques sous-jacentes (estime de soi, confiance en soi, vie quotidienne...)

  • Importance de travailler en partenariat avec les acteurs locaux et associations d’aide aux victimes. Travailler en lien avec les professionnels spécialisés sur l’accompagnement de ce public. Aller chercher l’information et accompagner physiquement la personne vers les professionnels qui pourront l’aider (ne pas simplement l’orienter au risque qu’elle ne s’y rende pas).

  • Pour que tout ça soit possible : importance d’instaurer et permettre une relation de confiance entre le professionnel et la personne victime.
     

Tous les professionnel·le·s des corps soignant au sens large peuvent être confrontés à la parole de victimes. Il faudrait repenser les formations pour instaurer les meilleures pratiques possibles dès l’apprentissage de ces métiers.


Aujourd’hui, à mon sens, les travailleurs, bien qu’ils aient une formation universitaire, se forment « sur le terrain » et nous ne sommes pas forcément « prêts » à l’accompagnement de ces publics. D’où l’importance de ne pas rester seul face à ces situations où souvent nous pouvons perdre « nos moyens », car l’affect et notre subjectivité prennent le dessus - ce qui bien sûr est humain et naturel - mais peut nous mettre en difficulté ainsi que la personne que nous accompagnons.”


Pour Léa les profesionel·les doivent impérativement faire plus de ponts entre elleux pour faciliter les parcours des victimes.


“Le partenariat avec les forces de l’ordre doit se développer voir se construire. Aujourd’hui, selon les commissariats, le partenariat reste difficile voir inexistant avec les services du Département (Centre Médico Sociaux), les CMP...
Dans l’idéal, il serait très intéressant à mon sens que les équipes se rencontrent et échangent sur les missions de chacune + comment elles peuvent travailler en réelle collaboration pluri professionnelle.
Importance également de connaître la procédure de dépôt de plainte, et ce, afin d’accompagner la personne dans cette démarche qui peut être traumatisante/mal vécue(manière dont les questions peuvent être posées, jugement de la part de certains agents,orientation vers une main courante plutôt qu’un dépôt de plainte...). On dit souvent que la prise en charge « dépend de la personne sur qui on tombe quand on va au commissariat » ce qui ne doit plus être le cas à l’avenir.”

 

Indépendamment de ces bonnes pratiques, les professionnel·le·s sont souvent limités dans leurs actions. Explications de Léa :

« A mon sens, tout professionnel du service public peut un jour être ameneé à accompagner une personne victime de violences sexuelles (ayant vécu les sévices il y a plus ou moins longtemps) 

Exemples : enseignants, orthophonistes, travailleurs sociaux, psychologues, psychiatres,pompiers, gendarmes, infirmiers, aides à domicile et bien d’autres.

Aujourd’hui, dans certaines institutions, le temps et les moyens manquent aux professionnels pour pouvoir rien qu’ « avoir le temps » d’écouter la personne, l’accompagner physiquement, lui proposer des rendez-vous réguliers... (c’est un autre débat mais on voit aujourd’hui les grandes difficultés rencontrées dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance faute de moyens, de professionnels, de temps, de places... pourtant il est primordial d’accompagner, mettre à l’abri ce public vulnérable... 2 ans d’attente pour une prise en charge en Centre Médico Psychologique Enfant dans certaines villes si ce n’est pas plus ailleurs... Je trouve que ça rejoint les limites rencontrées dans la prise en charge des victimes de manière générale)

Nous manquons également de formation et d’information. Lorsque nous sommes face à ces situations très délicates, aux prises en charge spécifiques, nous sommes souvent désemparés et ne savons pas « par où commencer » au risque de mal faire, louper une étape importante ou autre. D’où l’importance une fois de plus de connaître le partenariat local et se tourner vers les « spécialistes » (association d’aide aux victimes) »


Propos recueillis par Inès, article de Sol Dumont

ÉCOUTE
MIEUX 
Écouter-Éduquer-Évoluer

association numéro W913012797

Remerciements à Margot et Noure, sans qui ce projet ne serait encore qu'une idée. 

©2020 by Ecoute Mieux, Proudly created with wix.com

Quitter le site rapidement