PORTRAIT

Véronique & Valérie, le binôme gynéco-psy.
 

Valérie Grumelin Halimi est psychologue comportementaliste, créatrice de la
Méthode Gynéco Psy et d’ O.R.I.U.S. ou Rebirth Intra Utérin, Véronique Bied Damon est
gynécologue endocrinienne spécialiste de la reproduction, de l’infertilité et de l’AMP.

Elles se rencontrent à la sortie du livre de Valérie, “Mon corps me dit”, à l’occasion d’une conférence organisée par Véronique.


Convaincues toutes deux de l’importance d’une approche globale corps/esprit, et de la nécessité de travailler ces deux dimensions, non seulement pour optimiser les résultats du processus thérapeutique, mais également pour remettre la patiente au coeur de celui ci, elles entament en 2015 un partenariat inédit : le binôme Gynéco-Psy.
 

Celui ci permet de lever un à un les blocages liés à la fertilité, et à la patiente d’être à l’aise et de coopérer activement avec la gynécologue, en confiance, sans avoir la sensation de subir le protocole de soin.
 

En sus de cette complémentarité en termes de pratiques et d’approches, elles lancent une étude clinique, afin de démontrer l’efficacité de cette pratique, mais également de pouvoir la pérenniser et de la transmettre : un héritage à offrir aux praticiens à venir, et un réel espoir pour les patientes ?
 

Depuis quand exercez vous, séparément ? ensemble ?


Valérie commence ses études de psychologie en 1979 à l’université de Jérusalem, et n’a de cesse depuis lors de se former, d’enrichir la recherche par des articles et ouvrages, dans une démarche d’écoute, de compréhension et d’adaptation à
l’individualité de chacun de ses patients.

 

Véronique, médecin de la reproduction, quant à elle, exerce depuis 1990 : spécialiste de l'endocrinologie, de la fertilité, gynécologue, elle soutient une thèse sur l’insémination artificielle intra utérine.
 

Toutes deux s’investissent dans de nombreuses initiatives associatives, toujours dans la démarche de progresser, et de proposer à leur patientèle des solutions individualisées, au plus proche de leurs besoins et de leurs attentes.

 

Elles entament leur partenariat en 2015. Dès lors, elles lancent une étude observationnelle pour démontrer et pérenniser l’efficacité de leur binôme, et co-écrivent La méthode Gynéco-Psy et le Guide de la fertilité, qui rencontrent un franc
succès !

Qu’est ce qui vous a poussé à vous intéresser à une collaboration ?


Suite à la sortie de son livre, Mon corps me dit, qui traite des manifestations physiques de problématiques psychologiques, Valérie donne une conférence au centre de santé dans lequel exerce Véronique. Cette dernière est d’ores et déjà soucieuse de travailler de manière complémentaire à la fois les problématiques physiques et psychologiques de ses patientes, et leur collaboration va vite de soi. En partageant leurs connaissances techniques et empiriques, elles sont en mesure de proposer une nouvelle approche de la fertilité.


Avez vous été confrontée à des patient.e.s victimes de violences sexuelles ?

Pour Valérie, psychologue comportementaliste, c’est tous les jours ! Avec des impacts sur la vie sexuelle, un rapport difficile à la gynécologie, un accès au plaisir compliqué, et un rapport au corps forcément impacté.
 

Les deux praticiennes sont confrontées à deux types de patientes : celles qui le disent et celles qui n’osent pas le dire.
 

Pour ces dernières, de nombreuses manifestations physiques et psychologiques permettent néanmoins d’identifier ce type de problématique : Vaginisme, examen gynécologique impossible, problème de fertilité, de sexualité...etc.
 

Valérie fait également le lien avec certains cas de cystites : très courantes dans les premières expériences sexuelles des adolescentes par exemple, et liées à des gestes d’hygiène parfois mal maîtrisés, leur répétition induit dans certains cas une manifestation du corps, qui exprime qu’il se sent envahi, parfois même agressé, qu’il n’est pas disposé à faire l’amour (source : “Mon corps me dit”, Valérie Grumelin Halimi)
 

Ce sont des femmes qui abordent leur rendez vous gynécologique avec difficulté : elles ressentent l’examen comme un geste d’intrusion, sont mises à mal par la position inconfortable, ont peur de l’inconnu, et souvent, se font violence pour se
contrôler lors de l’examen, lorsque celui ci ne devient pas un terreau propice à la résurgence du traumatisme.

 

En effet, l’examen gynécologique ravive la scène de violence, et entraîne des impacts forts, comme des envies de suicide, des problèmes de santé...etc.
 Il est alors indispensable de restaurer le lien entre corps et esprit, de leur permettre d’être
harmonisés, pour arriver à concevoir.

 

Dans le cas d’amnésie traumatique, Valérie pratique le test de l’Harmonie, qui permet de tester les interactions entre le conscient, l’inconscient, et la réalité émotionnelle de la personne. Cela permet de recoller les pièces du puzzle, et, en analysant l’inconscient, de provoquer la prise de conscience : la moitié du chemin est parcourue !

On est alors en mesure de dépasser le déni et la protection du mental, et d’entamer le reste du travail.


Posez vous la question en consultation psy gynéco, des violences sexuelles ? en
consultation psy ?

“Il est pertinent de poser la question, mais en pratique on ne le fait pas systématiquement, dans la mesure où la question peut être vécue de manière violente par la patiente qui elle n’en aurait pas forcément subi.
 

Par contre, dès qu’un signe apparaît, dans le langage corporel, la lenteur de la personne à bien vouloir se déshabiller pour l’examen, baisser les yeux ...etc. on peut détecter plus aisément le malaise, et dans ce cas y aller au rythme de la patiente,
voire reporter l’examen gynécologique à une prochaine fois.”
Valérie insiste d’ailleurs sur ce point : si l’on n’y met pas les formes, si on ne le fait pas en douceur et en nuance, cette question peut impacter fortement, et susciter de l’inconfort et de l’anxiété : qu’est ce qui fait que l’on me pose cette question ? est ce que moi même je dois creuser dans mon histoire ? ...etc.

Dans ce cas, autant privilégier une question moins frontale : êtes vous à l’aise avec l’examen gynécologique ?
 

Elles soulignent l’une comme l’autre que c’est à elles, en tant que professionnelles, d’effectuer le travail d’analyse et de détection, et d’utiliser notamment leur sensibilité à bon escient. Valérie souligne d’ailleurs la sensibilité de Véronique en tant que praticienne, qu’elle a très rarement rencontré chez d’autres !
 

Le reste dépend également du facteur humain : la relation patient-médecin est une relation individuelle, souvent construite au fur et à mesure de l’expérience. Elles ont également observé qu’une gynécologue femme, sera parfois moins précautionneuse qu’un homme dans l’examen. A l’inverse, elle sera plus sensible à la thématique des douleurs menstruelles ou du vécu des rapports sexuels par exemple.
 

En études de médecine, on aborde beaucoup la théorie, et chacun appréhende de fait l’examen gynécologique en fonction de son parcours et de sa sensibilité. La majorité des médecins soulignent d’ailleurs ce paradoxe : très bons techniciens, ils manquent d’outils pour développer leur savoir être et leur savoir faire au contact direct de la patientèle.
 

En conclusion, la relation gynéco-patient.e relève avant tout de l’expérimental, et n’est pas du domaine du savoir absolu. Dès lors : “la façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne”


Qu’est ce qui est fondamental selon vous dans ce binôme psy gynéco ?

L’avantage est avant tout de pouvoir puiser dans les spécialités l’une de l’autre : les psys ne sont pas des gynécos, et inversement, le besoin de complémentarité est palpable.


Dans la formation, comment est abordée la question des violences sexuelles ?
 

“En gynécologie, on parle des séquelles physiques et psychologiques. On propose avant tout des soins au corps : pommades, aide à la cicatrisation ...etc.”
 

Mais cela ne peut se faire qu’en parallèle avec un travail psychologique, dans la mesure où les impacts physiques sont souvent bien moindre au regard des impacts mentaux. 
Contrairement aux idées reçues, on peut alors par exemple rétablir un vaginisme très rapidement, en quelques séances, en revenant grâce au travail psychologique à cette période d’agression, et en l’évacuant du cerveau limbique pour changer ce souvenir par des choses très spécifiques : remplacer les anciens schémas par de nouveaux, plus positifs.
 

Le vaginisme est forcément lié à une peur, ou une intrusion, même un baiser forcé, ce n’est pas forcément vaginal : du voyeurisme subit suffit à créer un vaginisme ! L’une des rares causes organiques du vaginisme est l’hymen très dur : dans ce cas une intervention chirurgicale suffit.


Vous avez lancé une étude clinique : ORIUS, issue des travaux de Valérie sur le
Rebirth intra utérin : pourquoi ? à quoi ça sert ?

Ce sont des études très compliquées à mettre en place à tous niveaux : il faut constituer des groupe témoins, réunir beaucoups de cas, c’est cher, ça peut prendre du temps, il faut absolument éviter les conflits d'intérêt ...etc.
 

Cette technique permettrait d’augmenter le taux de fertilité. L’idée est donc de pouvoir par la suite former, transmettre, et multiplier ainsi les binômes gynéco-psys, pour assurer une continuité, un héritage. Il faut qu’au départ de ces deux praticiennes, les jeunes puissent reprendre le flambeau, pour l’avenir.


Si vous deviez donner des conseils, à des collègues par exemple, pour mieux
accompagner les victimes de violences sexuelles, quels seraient ils ?


Pour Valérie, il s’agit avant tout de procéder dans la douceur, de savoir poser les bonnes questions sans heurter les gens, sans déclencher de bombes à retardement. Les gens ont souvent peur, non pas de la réponse en elle même, mais du fait de ne pas pouvoir apporter par la suite une réponse pertinent et adaptée, de ne pas savoir rebondir.
 

Pour Véronique, il s’agira de repérer les signes de malaise (baisser les yeux, se replier sur soi, parler peu de soi même ou avec gêne...etc) de parler avec délicatesse et dédramatiser. A ce moment, il faut aussi savoir prendre la décision de reporter l’examen gynécologique, pour pouvoir revenir dans de meilleures conditions, et de rediriger la patiente pour qu’elle soit accompagnée sur le plan psychologique.
 

L’approche globale du patient est un fondamental de la médecine ! Et ça, ce n’est pas appris à l’école. D’autant qu’historiquement la psychologie est destinée aux fous, aux marginaux, et ce sont des idées reçues qui sont parfois encore d’actualité, qu’il faut déconstruire.
 

L’approche psychologique n’est pas seulement pertinente dans le cadre de violences sexuelles, et ne s’adresse d’ailleurs pas qu’au patient : les praticiens, chirurgiens, ou autres, peuvent en tirer de réels bénéfices. Il faut travailler en ce sens, pour dépasser la technique et permettre une approche de l’humain dans son ensemble.

 

 

Propos recueillis par Isis et Inès

Écrit par Inès Roulet

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association numéro W913012797

Remerciements à Margot et Noure, sans qui ce projet ne serait encore qu'une idée. 

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