ARTICLE :

Formation d’esthétique :
la nécessaire bienveillance à l’école 

Partie 2

 

Dans un article précédent, nous avions évoqué la socio-esthétique comme l’un des outils thérapeutiques à disposition des personnes ayant été victimes de violences sexuelles pour travailler sur leur rapport au corps. 

Mais qu’en est il des violences commises au cours de la formation de ces professionnel.le.s de l’esthétique ? Les formateurs/rices sont-ils sensibilisés ? Comment cette formation peut-elle être vectrice de violences systémiques et de leur transmission ? 

Cet article n’a pas pour vocation de porter préjudice à un métier tourné vers l’autre, mais de questionner des méthodes pour sensibiliser, et peut être participer à leur évolution. 

 

Les soins esthétiques occupent une place importante : image de soi, bien être, épilation (ou non), ce métier évolue en même temps que la société, d’où l’apparition, d’abord dans les services d’oncologie, de la socio-esthétique. 

 

Client.e de centre de soins, tu as recours aux services de professionnel.le.s du soin esthétique : t’es tu déjà questionné.e sur la formation des femmes et hommes qui proposent ces prestations ? 

 

Apprendre à mettre à l’aise, à accompagner, à toucher l’autre dans le respect et la bienveillance, ça ne s’improvise pas. Autant de challenges pour les professeur.e.s de ces formations, qui doivent transmettre à leurs élèves une éthique et une posture irréprochables. 

Si les métiers de l'esthétique visent le bien être, la pédagogie et les méthodes de certains enseignements peuvent paraître paradoxales, voire, parfois, violentes. 

 

Nos deux interlocutrices ont toutes deux un parcours différent : Bac pro, BTS, spécialisations, formations en cours de parcours professionnel, découverte de nouveaux domaines tels que la cosmétologie, la naturopathie ...etc. 

Nous avons pu avoir grâce à cet entretien, qui complète nos échanges avec d’autres professionnels, un aperçu riche du domaine du soin.
 

Nous étions loin de nous douter que si ces personnes oeuvrent à nous accompagner au quotidien, elles ne sont pas pour autant l’objet de cette même bienveillance de la part de leurs formateur/rice.s.
D’autant que le cursus est particulier : énormément de pratique “sur le terrain”, dès un très jeune âge (parfois dès 14/15 ans), qui nécessite un suivi accru, une certaine disponibilité et une écoute du corps enseignant à toute épreuve.

 

Estelle et Erika évoquent en filigrane, outre leur passion pour leur métier, ce qui a pu les choquer au cours de leur cursus : 

non-respect du corps de l’autre, de sa pudeur, absence de soutien de la hiérarchie dans certains cas de comportements déplacés, pression pour être apprêtée, maquillée ...etc. Une forme de reproduction des codes de la culture du viol en somme. 

 

En premier lieu, le rapport au corps est abordé de manière particulière… outil de travail, le corps est parfois objectivé, mettant alors à mal les notions élémentaires du consentement. 

 

“En cours de formation on ne dispose pas de son corps (durant les exercices), et une attention devrait être portée à ce sujet. Alors que des personnes extérieures seraient en demande de faire les “cobayes”, la majorité des écoles font sur les élèves sans avoir un mot à dire sur la possibilité de refus. C’est bien pédagogiquement, mais mieux si le consentement était possible”

 

“A 14 ans on te fait un maillot échancré ou quoi devant 8 personnes dans la pièce, ça peut être très violent. Le corps est mis à disposition des pratiques et de l’enseignant.”

 

“j’ai eu une éducation forte sur le consentement, donc j’ai pu me poser les questions, mais je pense à mes collègues qui au sortir du collège se retrouvent dans ces situations, c’est impossible”

 

Les deux praticiennes reconnaissent qu’il est nécessaire de recevoir un soin pour pouvoir le donner dans le futur. Pour autant, on a le droit de ne pas tout accepter, et c’est là que le bât blesse : “l’esthétique est un monde particulier ou l’anormal devient normal tant qu’on ne se pose pas la question”

 

Au-delà de l'objectivation du corps des apprenant.e.s, les stages ou alternances obligatoires, bien qu’extrêmement formateurs, présentent également leur lot de non dits, face à une réalité pourtant difficile.
En effet, gestes ou remarques déplacés (harcèlement ou agressions sexuelles dans la loi), cliché de l’esthéticienne “jolie et docile” : les manifestations de la culture du viol sont omniprésentes.

Pourtant, Estelle et Erika évoquent chacune des situations où elles n’ont pas été averties, formées, ou protégées par leur employeur et le corps enseignant. 

 

“On assigne des clients de 60 ans à des stagiaires de 14 ans sans se poser la question de si ce client est safe ou pas”

 

“Personnellement, en tant que stagiaire je n’ai jamais eu de client homme. Mais derrière on ne m’a jamais expliqué pourquoi, c’est un non-dit et on découvre ensuite sur le tas ..” 

 

“oui bien sûr que ça m’est arrivée, quand j’étais en formation, et par un formateur…”

 

Certains employeurs s’interrogent tout de même sur ces questions, et sont conscients des enjeux qui peuvent se jouer en cabine : 

 

“j’ai travaillé dans des 5 étoiles où la question de la formation aux équipes a été évoquée et pour moi c’était la première fois qu’on l’évoquait. Les filles étaient conscientes que quand on arrive dans du haut de gamme, on a des clients qui ont bcp de pouvoir et si toi à 15 ans tu ne sais pas tu ne vas pas oser réagir “

“Des propositions indécentes on en a, même dès le comptoir, à l’entrée de l’institut. 

Quand ça vient en cabine c'est plus délicat, c’est là que la formation est primordiale”

 

Les injonctions à un certain type de beauté sont aussi très présentes. Maquillage, coiffure, tenue, sont presque considérés comme des prérequis du métier, et parfois même évoqués dans le contrat de travail ! Cette pression se retrouve aussi dans les clichés que le monde a de l’esthétique : “tu n’es pas assez maquillée pour être esthéticienne” par exemple. 

 

“En fait, on pourrait presque avoir des socio-esthéticiennes pour s’occuper des esthéticiennes” s’amuse Estelle. 

“Si tout ça était déconstruit dès la formation.. si de base on part sur de mauvaises bases, on peut pas être efficace dans la détection et l’accompagnement !” 


 

Malgré ces constats alarmants, les deux jeunes femmes sont déterminées à proposer une posture et une pratique différente, plus respectueuse du rythme et des besoins de chacun.e. Elles ont comme projet de sensibiliser et de former à ces thématiques dans leur domaine. 
 

On peut également constater des évolution avec des formations telles que le CODES, dans lesquelles les notions de psychologies, de bienveillance, mais aussi de prise de recul et de protection sont fondamentales. Les jeunes générations, plus sensibles à ces dysfonctionnements profonds, seront et sont vectrices de changements profonds dans leur milieu. Cette prise de conscience collective est nécessaire et salutaire, tant pour ce métier spécifique qu’à d’autres niveaux de la société, pour évoluer tou.te.s ensemble vers des pratiques plus pertinentes et adaptées, que ce soit pour les professionnel.le.s elleux mêmes, ou pour leur clientèle. 

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ÉCOUTE
MIEUX 
Écouter-Éduquer-Évoluer

association numéro W913012797

Remerciements à Margot et Noure, sans qui ce projet ne serait encore qu'une idée. 

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