PORTRAIT

Johan, Entre soif de justice et reconnaissance de la société.
 

Johan, un jeune homme homosexuel, a été victime de viol dans son adolescence. 

Dans le cadre du mois des fiertés, et pour donner de la visibilité à la parole de la communauté LGBTQI+, il a accepté de nous livrer son témoignage lors d’un entretien téléphonique. 

Nous le remercions infiniment pour sa confiance, et son temps, et lui réaffirmons tout notre soutien ! 

“Je vois qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes qui ont témoigné, et je voulais témoigner pour ça. Et aussi parce que j’ai besoin d’en parler avec des gens bienveillants, ça permettra que d’autres lisent mon témoignage, et que ça les aide, et qu’ils voient que d’autres vivent des choses difficiles. 

C’est aussi difficile qu’une femme, c’est très difficile d’en parler. 

C’est vrai, aujourd’hui une femme à plus de risques de se faire violer... Mais un jeune homme adolescent, et des garçons se font aussi violer, donc il faut en parler !” 


 

L'entretien commence par le récit de son histoire. D’une voix hésitante mais posée, il est décidé à parler : 

 

“J’ai 27 ans, il y a 10 ans j’ai été abusé sexuellement par un garçon de mon lycée. 

Je relance la procédure judiciaire en ce moment. 

 

Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais il m’a mis dans une position humiliante. 

J’ai été violé à plusieurs reprises par ce garçon. Et à chaque fois c’était compliqué pour moi. 

À chaque fois je pensais que ça allait changer, et en fait ce n’était pas le cas. C’était de pire en pire. Donc à un moment, j’ai décidé de porter plainte. 

 

J’ai voulu le revoir pour lui dire d’arrêter. Il ne voulait pas qu’on se voit dans un lieu public, donc j’ai décidé qu’on se revoie vers une grotte. 

Et qu’il me rejoigne. 

 

Il est venu avec un casque de scooter qu’il a voulu me le balancer sur la tête. 

Et après il a pris une pierre, me l’a balancé contre la tête. 

Et ensuite il m’a déshabillé, il m’a trainé par terre en me tirant les cheveux. Il m’a uriné dessus. Il a réussi à me violer par fellation, mais il n’a pas réussi me violer par sodomie.” 

 

Lorsqu’il évoque son dépôt de plainte, nous nous rendons compte du manque d’humanité des procédures, de l’homophobie latente, et du manque de formation de ses interlocuteurs : 

 

“C’est le même jour que j’ai porté plainte, j’étais très choqué.

À la fin je faisais une crise d’asthme. J’ai décidé d’appeler le SAMU parce que je croyais que j’étais vraiment très très mal, et j’étais vraiment très mal, techniquement je croyais que j’étais très mal au niveau de l’asthme. Mais en fait j’étais traumatisé. 

J’ai appelé le SAMU et eux m’ont redirigé vers le commissariat. Et deux policiers sont venus me chercher. Et là je les ai trouvés bienveillants, et tout. C’était la première fois que j’étais confronté à des policiers, et ils avaient de l’empathie. Et eux ils avaient l’air bien. 

 

Une fois au commissariat j’ai attendu l’officier, l’OPJ de garde. 

Et lui, il était horrible, complètement à l’Ouest. Ce qu’il a dit par exemple : « Vous me dérangez pour ça, ce n’est même pas vrai, vous me dérangez pour rien ». 

Il avait l’air en colère que je le dérange. 

 

À l’époque, je voulais qu’il (son violeur) soit puni, et avoir une réparation morale. Et ensuite, ce que je voulais c’est qu’il soit puni pour ce qu’il a fait, parce que c’est quand même un crime.

 

Ça a été très compliqué parce que la police m’a mis la pression pour désister la plainte, et  j’ai désisté ma plainte. Et il y a eu une expertise psychiatrique, aussi pour moi la victime, mais j’avais l’impression d’être … comme si on me prenait pour le bourreau plutôt que la victime. Comme si c’était moi qui avait agressé quelqu’un, c’était bizarre. Alors que je n’avais rien fait, j’étais victime, et traumatisé. 

 

J’ai tout raconté, toute la vérité, tout ce que je racontais était vrai. 

Lui, il m’a répondu « j’ai travaillé dans le Marais à Paris, il y avait des homosexuel·le·s qui venaient porter plainte pour viol, mais qui en fait se faisaient pas violer » ... que des trucs comme ça. 

J’ai senti comme de la phobie.

Je n’ai pas réagi sur le moment, mais c’était grave ce qu’il disait. 

 

C’est à ce moment-là qu’il a appelé mon père. C’est la police qui a appelé mon père.

Et il est venu. Et donc j’ai dit à mon père que j’étais homo. Je ne lui avais rien dit jusque-là. 

Et il m’a dit qu’il fallait porter plainte, et aller à l’hôpital voir un pédiatre, pour qu’il analyse mes blessures et une expertise psychiatrique. Il était inquiet des coûts de prise en charge.

 

C’est mon père qui a porté plainte à l’époque parce que j’étais mineur. L’expertise dit un peu n’importe quoi, que j’étais très convaincant mais que j’inventais toutes ces histoires. J’ai refait une expertise privée, qui dit que le traumatisme est encore très perceptible aujourd’hui, et que je dis la vérité. 

 

Il y  a une fille qui m’a dit que c’est de ma faute si je me suis fait violer, en plus c’était elle qui m’avait fait rencontrer mon violeur. Ça, c’était n’importe quoi. Mais les autres à qui j’ai parlé ont tous été bienveillants.” 

 

Cette agression aura été la source d’impacts forts dans la vie de Johan, qui se mesurent à plusieurs niveaux : sa santé mentale, son quotidien, ses ressources économiques, ses relations sociales… 

 

“J’ai fait un premier un épisode psychotique avec des symptômes de la dissociation majeure. Du coup je n’ai pas été suivi pendant longtemps. Puis j’ai eu un soutien psy, en province. 

Et arrivé à Paris, j’ai commencé à avoir des délires, donc j’ai eu un suivi avec des psys et ça s’est plutôt bien passé. Et à la Maison Blanche du 6ème j’ai ressenti de la bienveillance de la part des psys. 

Par exemple on voyait les choses en fonction de ma vie, et de ce qui c’était passé, c’était plus humain. Les deux psys ont deviné seules que j’avais vécu un certain nombre de choses, donc à un moment donné elles m’ont demandé si j’avais vécu des abus dans mon enfance. 

J’ai donc répondu que oui il m’est arrivé ça et ça et là une des deux m’a dit qu’y avait plus de risque supplémentaire pour des enfants victimes de violence de faire des tentatives de suicide à l’âge adulte. Et j’en ai fait donc voilà... 

 

Aujourd’hui je suis encore complètement traumatisé, et je ne veux pas que des gens qui font du mal s’en sortent, et les laisser encore contrôler ma vie comme ça. 

J’ai besoin d’avancer et il faut que ça passe en justice. Le nouvel élément c’est l’expertise psychiatrique, donc on peut relancer l’affaire auprès du juge d’instruction en partie civile. Mais c’est grâce à l’expertise psy qui m’a couté 696€. 

 

J’ai des troubles dissociatifs, donc j’ai l’impression d’être violé (pendant des épisodes de dissociation) alors que non. Mais parce que ma mémoire n’a pas assumé le viol. 

Donc je revis les viols. 

C’est difficile à vivre avec les angoisses et trucs comme ça. Il n’y a que le traitement qui marche, ou de voir un psy qui me mette en face de la réalité. Pour revenir du délire, qui me cache de réalité qui est trop difficile à affronter. 

 

Dans ma vie amoureuse ça a tout chamboulé. Je me mets en colère contre les hommes, je suis très en colère. J’ai tendance à faire plus confiance aux femmes qu’aux hommes mais en tant qu’homo, c’est pas facile !! 

Avant j’ai fait appel au Collectif Féministe Contre le Viol. Ça s’est très bien passé, on a parlé de tout, et elles m’ont conseillé de faire de la victimologie, mais j’ai préféré faire une expertise psy. Elle donne une certaine légitimité, cette expertise. 

 

Je touche les allocations handicapés, pour troubles borderline et dissociatifs, qui ont été diagnostiqués après l’agression. 

Mais ça a aussi été déclenché par la drogue. Parce que quand on a vécu des violences sexuelles, on peut se faire du mal, on peut aller vers des choses qui font du mal. 

 

Je me suis prostitué quand j’avais 19/20 ans. La prostitution, on y vient pour plein de raisons différentes, mais moi oui c’est à cause des agressions, je voulais me faire du mal. 

Ça a été pour survivre, parce qu’avec mes troubles je ne pouvais pas faire grand-chose, donc je savais que j’avais ça ! Ça a été une solution économique, mais surtout me faire du mal. Parce que j’ai fait des tentatives de suicides et j’ai des pensées morbides envers moi-même. 

 

Il y a une période où j’étais très isolé, je faisais tout seul, parce que plus personne ne voulait me voir je crois. Parce que personne ne me comprenait, parce que j’avais des troubles psy, il y avait des personnes qui me rejetaient.

J’ai ressenti un rejet social, à cause de mes troubles... On peut croire que je mens.” 

 

Pour autant, Johan ne se décourage pas, et au delà de ses démarches juridiques, il se reconstruit peu à peu. 

 

“Dans mon entourage aujourd’hui il n’y a plus que des gens qui me croient. 

Je me sens comme si les choses n’avaient pas avancé. Une sensation de pas avoir la réponse adaptée à ce que je voulais dans cette situation. Mais ça va mieux quand même. 

 

Pour l’avenir je voudrais bien être journaliste chez Gala, parce qu’iels acceptent les personnes en situations de handicap. Et journaliste, parce j’aime bien écrire et renseigner les gens sur le monde actuel.”

Propos recueillis par Isis et Inès

Écrit par Sol

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association numéro W913012797

Remerciements à Margot et Noure, sans qui ce projet ne serait encore qu'une idée. 

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