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La socio-esthétique, une approche thérapeutique

PARTIE I 

 

Les équipes d’Écoute Mieux en sont convaincues : toute personne à son échelle peut être amenée à adapter sa pratique professionnelle pour s’adapter face aux impacts des violences sexuelles sur leur interlocuteur/rice. 

 

Estelle et Erika sont toutes deux issues de formation esthétique. Déjà au cours de leur formation, les deux femmes se questionnent sur leur future posture, et le contexte dans lequel elles souhaitent mettre en œuvre leurs compétences. Très tôt, la question des publics sensibles se pose : quel peut être leur rôle auprès de cette clientèle ? 


Elles ont accepté de répondre à nos questions, et de nous faire découvrir la socio-esthétique : prendre soin de soi comme outil thérapeutique. 

 

La socio- esthétique, qu’est ce que c’est ?

 

La psycho-socio-esthétique est un métier qui fait partie du secteur de l’esthétique. 

L’idée consiste à utiliser les outils de ce milieu (maquillage, soins, massages) sur le corps, pour renforcer un parcours d’accompagnement médical ou social, au sein d’équipes souvent pluridisciplinaire (médecins, oncologues, assistant.e.s sociaux....etc)

 

En bref, faire du bien au corps et au physique pour aider le mental à aller mieux. Ces soins s’adressent à des populations fragilisées, concernées par l’isolement, la vieillesse, la pauvreté, les violences, les problèmes de santé...etc

 

En quoi la pratique se démarque-t-elle de celle d’un.e esthéticien.n.e “classique” ? 

 

Dès la prise de contact, l’approche est différente : la prestation de socio-esthétique devient le prétexte d’une rencontre humaine, qui consiste parfois simplement à une écoute active de lae client.e.
La prise en charge est bienveillante, l’empathie est de mise, ce sont deux éléments fondateurs de ce type de pratique : en soi, les rendez-vous sont plus qualitatifs que quantitatifs. 

En outre, les produits sont adaptés et plus spécifiques, notamment en cas de problématiques de santé fortes : il existe donc une réelle double compétence, entre le relationnel inhérent au métier et la connaissance pointue de situations précises. 
 

Comment on rencontre une socio-esthéticienne ? 

 

Souvent, ce sont les hôpitaux, et notamment les services d’oncologie qui orientent leur patient.e.s vers de telles prestations. L’association Belle et bien par exemple, accompagne les patientes qui subissent des chimiothérapies. C’est souvent la socio-esthéticienne qui va vers le patient, rarement l’inverse. Ce type de service est aussi très présent dans les structures telles que les Maisons des Femmes.

 

Comment on entre en contact avec des socio-esthéticiennes quand on a vécu des violences sexuelles, en dehors de ce qui peut être proposé en hôpital ? 

 

On peut les contacter par le biais d’associations, ou dans le cadre d’une hospitalisation. La pratique étant récente, le métier reste méconnu : il faut compter sur sa démocratisation pour pouvoir toucher un public plus large et répondre aux différents types de besoins. La cancérologie est le secteur le mieux accompagné par les professionnel.le.s de socio-esthétique. Pour les autres secteur, il reste du travail. Il est aussi possible de passer directement par la Fédération des Instituts de Beauté. 

 

Concrètement, quels seraient les avantages à consulter un.e tel.le professionnel.le, dans le cadre de violences sexuelles ? 

 

Les séances permettent une véritable revalorisation du corps, avec des intervenant.e.s différents de celleux des milieux médicaux ou psy. 

Dans ce contexte lea praticien.ne joue un rôle très extérieur, avec une autre approche, un autre type d’écoute. Lea patient.e se livre avec plus de facilité, en étant moins dans l’auto-analyse et plus dans la confession. L’idée pour ces personnes est de réussir à les accompagner, pour restaurer le rapport au corps, se le réapproprier. 

 

Dans quelle mesure les personnes se confient sur les violences sexuelles durant un soin ? 

 

Erika : “Ça ne va pas forcément être aussi direct, mais on va le détecter si on est assez sensible et attentive, en fonction des échanges on peut s’en rendre compte... 

Certains comportements physiques donnent des indices, des traces sur le corps aussi” 

 

Estelle : “Ça peut arriver plus ou moins tôt dans la conversation ou les séances. Pendant un mois j’ai parlé de la manif sur la violence faite aux femmes, et les ¾ des clientes sentent qu’elles peuvent se confier et sautent sur l’occasion. Parfois quand tu bouscules juste un peu la posture classique de “l’esthéticienne” tu installes d’autres rapports

Ces client.e.s ont besoin d’écoute, de non jugement, elles expriment beaucoup leur appréhension. Iels te donnent un cadeau, un trésor, en l'occurrence leur corps ou même juste une confession.
Et au moment de la confession il faut prendre une autre posture, moi en tout cas elle change et elle doit changer, c’est un devoir, pour être plus à l’écoute, dire des phrases qui font du bien ‘vous y êtes pour rien, ce n'était pas un massage ca, c’est contre la loi ..etc”

Ou alors elles te disent “bon ben certains endroits j’aime vraiment pas être massée” 

 

Les personnes/établissements pour qui vous travaillez connaissent la socio esthétique ? Est ce qu’il y a un souhait de mise en avant ?

 

Estelle : “Oui complètement ! On a été à l’initiative de pas mal de choses, dont ça, accueillir un public différent et ma boss a été très ouverte”

Tous les deux mois, via l’association Hamac, Estelle accueille en soin un public différent, en parcours de réinsertion sociale.  

“Nous on les garde 3/4h, ils sont plusieurs, les participants donnent 5 euros à l’asso et nous on pratique des prix adaptés, et pendant plusieurs heures on pratique et on leur apprend ce qu’on pratique pour qu’ils puissent refaire en autonomie. 

Dans des franchises c’est moins possible que dans les instituts indépendants. 

Je pense que bien amené ça peut être faisable, tout dépend des profils, en gardant en tête qu’on parle d’entreprises qui se doivent de faire du profit.” 

 

Vous avez des ressources de contacts vers lesquels ré-orienter des personnes victimes de Violences Sexuelles ? 

 

Erika souhaite justement intégrer cette problématique à ses projets professionnels : comment faire le lien de manière fluide ? Par ailleurs, les esthéticiennes en institut étant elles aussi concernées par ces violences, il est nécessaire de progresser sur ces sujets.
Estelle comme elle ont été confrontées à ces problématiques dès leur formation : le sujet est peu voir pas abordé à l’école, les élèves commencent très jeunes “sur le terrain”, la hiérarchie n’est pas toujours à l’écoute ni même formée...etc. 


 

Au cours de l’échange, nous avons pu nous rendre compte du paradoxe qui oppose les valeurs véhiculées par ce métier aux violences récurrentes au cours de la formation. 

 

Dans un prochain article à suivre, nous te proposons de suivre avec nous Erika et Estelle, pour mieux comprendre en quoi la culture du viol a marqué en profondeur leur formation. 

 

Un immense merci à elles pour leur temps, leur confiance, et leur engagement dans ce beau métier au service des autres !

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ÉCOUTE
MIEUX 
Écouter-Éduquer-Évoluer

association numéro W913012797

Remerciements à Margot et Noure, sans qui ce projet ne serait encore qu'une idée. 

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