Violences sexuelles et appartenance à une communauté discriminée : le combo perdant.

 

 

En France le parcours d’une personne victime de violences sexuelles s’apparente souvent à un parcours du combattant·e. Les difficultés s’additionnent en fonction des particularités des gens, les personnes racisées ont par exemple plus de mal à aller porter plainte tout simplement parce que l’accueil qui leur est fait n’est pas toujours correct. Ce qui renvoie la victime dans le silence. Même schéma pour les personnes porteuses de handicaps (accès physique adapté absent, présence rare de traducteur LSF, la formation des OPJ sur les conséquences d’un handicap et les pratiques à faire, etc.). Les communautés LGBTQI+ sont dans le même cas la majorité du temps.

 

Nos sociétés cisgenre-blanche-valide-hétéro normées entrainent une invisibilisation des personnes sortant des normes. De fait les victimes de violences sexuelles le sont tout autant. Cette invisibilité à des conséquences dramatiques sur la prise en charge des victimes. Il est déjà très compliqué de parler pour une victime, mais lorsque les agressions vécues sortent du cadre des normes la peur de ne pas être crue se multiplie.

D’après une étude universitaire française de 2019, les personnes Lesbienne Gay Bi sont 3 fois plus à risque de subir des violences sexuelles, jusqu’à 9 fois plus pour les personnes transgenres.

 

Idées préconçues et méconnaissance.

 

Les personnes transgenres sont souvent représentées comme des « bêtes sexuelles », par leur présence dans la pornographie, où dans les travails s’apparentant au sexe. Ces représentations grand public souvent violentes et tronquées de la réalité sont porteuses d’idées reçues tellement ancrées et des amalgames que souvent une personne trans doit choisir entre se battre pour sa transition ou l’agression qu’iel vient de subir.

« « Quand tu vas voir une personne pour parler des agressions sexuelles parce que c’est ça le problème, puis que la personne veut parler du fait que t’es trans, t’as plus l’impression que l’autre ne t’accepte pas (…). Il faut quasiment que tu choisisses entre avoir des services pour “avoir été agressé sexuellement“ où “ être trans “, parce que les deux sont quasiment incompatibles. » »

 

Le non-respect du genre, et du prénom de la victime dû à l’absence de formation et de sensibilisation de la part de tous les professionnel·les du processus (police, justice, médical, santé), ne mettent pas la personne dans un climat de confiance pour raconter son histoire. Si les papiers d’identité n’ont pas encore été changés (par exemple pour lenteur administrative), la victime se retrouve avec son prénom d’État civil durant tout le dépôt de plainte, qui peut être violent à supporter. Les normes/codes binaires entrainent des propos comme : « Mon nom, toutes mes informations étaient déjà changées ; elle ne savait même pas c’est quoi mon ancien nom. Puis un moment donné, j’y ai dit : « Pourquoi, vous n’arrêtez pas de me mégenrer au féminin ?» Puis elle a dit : « Parce que vous ne ressemblez pas à un homme, je ne vais pas vous genrer au masculin. ». Ce type de réactions rajoutent une forme d'agression en plus à la victime.

La non-formation créé des situations d’hésitation de la part des interlocuteurs, ne pas savoir comment faire, être maladroit ce qui rajoute une difficulté, une victime ne devrait pas avoir à faire de la pédagogie pour se faire aider.

 

« Une femme, c’est doux ça n’agresse pas. »

 

Les cultures occidentales cultivent l’idée qu’une femme ne peut pas agresser. Et les violences qui sortent du schéma hétéro-sexiste ne sont peu voire pas reconnues.

Clotilde Genon, Cécile Chartrain et Coraline Delebarre l’expliquent dans Pour une promotion de la santé lesbienne : état des lieux des recherches, enjeux et propositions : « La question de la violence entre partenaires lesbiennes remet en cause deux mythes : celui de la femme comme individu naturellement non violent et celui du couple lesbien comme étant nécessairement égalitaire et évoluant en dehors de tout enjeu de pouvoir. »

Être une femme victime de femme dans l’imaginaire collectif ça n’existe pas, dans l’idée communément acquise que deux femmes sont de force et d’esprit égales. Ce qui reviendrait à dire que l’image de la femme douce, aimante, fragile, ayant besoin d’un homme pour se protéger, celle véhiculées par les normes doit être remise en cause.

 

En tant que lesbienne les agressions sont plus probable que la moyenne : des agressions physiques qui fragilisent et qui rendent plus vulnérable. Les lesbiennes en France, comme dans beaucoup de pays dans le monde, subissent ce qui est qualifié de viol correctif. Le principe de violer ces fxmmes, “pour les convaincre“ que les relations sexuelles hétéros, elles aiment ça juste elles n’ont juste jamais connu. La logique est fragile mais encore souvent utilisée. Ces dernière années SOS Homophobie, qui sort un rapport annuel de l’état des lieux des discriminations en France, dénombre une forte augmentation d’agressions physiques, morales et/ou sexuelles lesbophobes. Les dépôts de plainte eux n’augmentent pas…

Lorsque l’agresseur n’est pas un homme la parole est souvent remise en doute, en minimisant les faits : « J’ai eu l’impression vraiment que le fait qu’elle était une femme, elle était vue comme… bien elle aussi était victime. On était comme deux victimes, sans agresseur !  Je sens qu’il y a beaucoup de banalisation et comme c’est une jeune femme qui m’a fait ça, il n’y a pas eu, soit dit entre guillemets, de pénétration. ».

 

Dans la vie d’une personne lesbienne, il est rare qu’iel n’ai jamais entendu “mais du coup si t’es lesbienne, c’est parce qu’un mec t’a agressé et que du coup t’as peur“. Cette association reviens à invisibiliser et réduire le lesbiannisme a une sexualité par défaut.

Tous ces préjugés n’aident pas les victimes qui se trouvent déjà dans un manque cruel d’information, d’aide et d’écoute.

 

 

« Fait que comme on voit comment elles sont traitées les femmes qui sont soule quand elles se font agresser, je me dis : “Comment moi je vais être traité comme gai ?” ».

 

Pour des hxmmes victimes d’autre hxmmes, les difficultés sont apparentées à l’image collective de la communauté gay. Celle de personnes aimant la sexualité, une sexualité brutale et débridée. Vient s’ajouter l’image de l’homme viril qui ne pleure pas et qui doit être fort. Les victimes se retrouve dans un déchirement entre une communauté où les agressions sexuelles sont très taboues même si le sujet du sexe est très présent. Les préjugés de la société qui dans un sens imposent une virilité forte et agressive, entretiennent aussi l’image que “si tu faibli tu es tu es une tapette“, avec une connotation très négative associée à de la faiblesse. « Un homme qui subit une agression par un autre homme, y a sa fierté là-dedans qui fait qu’il se dit “ Ben là j’veux que personne sache qu’il me bat, ou qu’il m’agresse ” ». Les victimes sont coincées pour parler, la peur de ne pas être cru, “parce qu’un hxmme ça peut se défendre“.

Si un hxmme se fait agresser alors qui avait une apparence dite “féminine“, il va lui être reprocher de l’avoir cherché en s’habillant ou se comportant comme ça : « Mais un lien qui est évident pour moi est que j’avais l’air bien plus d’une fille quand j’étais jeune. C’est peut-être pour cela que j’étais vu comme une victime facile. À cause de mon apparence plus fragile, ou peut-être aussi à cause de mon caractère qui était plus…comment dire… plus passif. ». Les stéréotype cis-hétéro patriarcaux reviennent au galop, avec cette idée reçue que les habits et les manières d’être y sont pour quelque chose Cette image véhicule les codes de la culture du viol, alors même que la seule personne coupable, ou à blâmer, c’est l’agresseur.

 

“C’est comme si on était des… des nymphomanes“

 

La bisexualité est perçue dans les codes de nos sociétés comme quelque chose d’indécis, où les bisexuel·les seraient des éternel·les insatisfait·es. “C’est comme si on était des… des nymphomanes, des gens qui sont constamment à la recherche d’expériences sexuelles bizarroïdes ou des trips à trois. “ Cette idée que si tu es bi tu as une plus grande facilité à accepter des pratiques sexuelles différente met ces personnes-là dans des situations où iel doit refuser régulièrement, par méconnaissance de la part du/des partenaire. « Il insistait jusqu’à temps que j’accepte, parce que je ne voulais pas de trouble, je voulais acheter la paix. Il disait que je… comment je pourrais dire ? Il disait « ben on sait ben, toi t’aimes les filles », il jouait là-dessus comme pour me faire sentir coupable puis me questionner (…). »

La bisexualité comme la pansexualité sont des orientations peu connues et sous représentées ce qui fragilise les victimes lorsque qu’elles veulent parler. Leur sexualité est remise en cause ce qui entraîne souvent une remise en cause systématique de leur témoignage de victime.

 

 

 

Les personne LGBT sont une population plus vulnérable et plus à risque de subir des violences et également font parti·es des populations les moins bien accompagnées et accueillies. Sans parler des personnes intersexe, queer tou·te·s celleux qui sortent des normes cis-hétéro, l’existence est simplement niée dans la plupart des cas de figures. Les études et associations lancent un cri d’alarme, pour qu’il existe une formation des professionnel·les à ces problématiques particulières. Ce afin d'arrêter de faire s'additionner les situations d'agressions à la situation initiale d'un vécu de violences sexuelles.

 

Les témoignages  présents dans cet article viennent de l’étude Québéquoise : Que savons-nous des violences sexuelles commises à l’encontre des personnes LGBT et de leur suivi ?

 

Sol Dumont

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association numéro W913012797

Remerciements à Margot et Noure, sans qui ce projet ne serait encore qu'une idée. 

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